Les récits de joueur vous font découvrir le point de vue d’un héros de jeux-vidéo, au delà de l’expérience de jeu, l’idée est de vous la faire vivre sous la forme d’une narration à la première personne.Â
 
Assis contre la paroi d’un temple, j’ouvre les yeux. Depuis trois jours, la lumière ardente qui possédait les lieux ne me réveille plus. Disparue, comme mon âme est en train de disparaitre, à mesure que je les terrasse.Â
Eux, ce sont des géants, des « colosses ».
Trois jours donc que je traverse les plaines mornes et sans vie du royaume damné de Dormin. Il m’a pourtant juré de la ramener à la vie si je délivre son monde de ces créatures gigantesques.
Elle, c’est la femme que j’aime, sacrifiée par son village en prévision d’un destin funeste.
Trois jours que je ne mange plus, que je dors peu. Toujours la même obsession: chercher le colosse suivant, le tuer…
Une voix lugubre venue du ciel me sort de ma rêverie. Pas de temps à perdre, je dois trouver ma prochaine cible. J’appelle Agro, mon seul ami sur ces terres. Est-ce également le seul être vivant ? Parcourir ces plaines désertiques sur son dos à quelque chose de grisant. Comme si nous étions les derniers à fouler ce sol maudit, à franchir ces dunes ou ces ruisseaux.
Qu’est-il arrivé de si horrible en ces lieux ?
J’aperçois une montage qui se détache au loin. Mais est-ce réellement un amas de rocher ou mon prochain ennemi ? Je sors mon épée de son fourreau et la brandit au dessus de ma tête. Le vent siffle à son contact mais je garde le bras tendu. Dormin m’a dit qu’en suivant les rayons du soleil se reflétant sur ma lame, je devrais pouvoir trouver le prochain colosse. Pourtant, à mesure que j’éradique ces monstres de la surface de la terre, ce soleil semble s’épuiser, et le sol s’assécher encore un peu plus. Mais qu’est-ce que ça peut me faire, je ne suis là que pour sauver celle que j’aime.
Enfin, au détour d’une cavité, je sens un souffle. Je fais signe à AgroÂ

de ralentir le pas, et le rassure. Il sent également une présence au fond de cette grotte. Il s’emballe et me désarçonne. C’est ce moment que choisit ce titan de pierre pour sortir de sa cachette, sans doute attiré par le bruit de mon fidèle destrier. Mais le géant ne m’attaque pas, comme les précédents. J’en profite pour me relever et chercher son point faible. J’observe sa démarche, en me rapprochant d’Agro. Il se déplace lentement sur ses quatre pattes, peut-être du fait de sa taille et de son poids ? Non, j’observe sous ses « sabots » une marque blanche, semblable aux endroits vulnérables que j’ai découvert sur les autres colosses. Je le suis donc de loin et attend qu’il amorce un pas pour décocher une flèche. Raté.
Le colosse s’arrête, se retourne. Il a vu que j’avais essayé de l’attaquer sur son point faible. Je passe alors du statut de moucheron au statut de proie. Il se retourne si lentement que j’ai le temps de le contourner. Je m’éloigne et tire une flèche, cette fois-ci avec plus de succès. La bête hurle de souffrance, vacille, puis s’effondre sur sa patte touchée. Je prend alors mon élan, grimpe debout sur Agro et me jette sur son flan. J’arrive à m’agripper in extremis à ses poils alors qu’il se relève et se secoue pour tenter de me faire chuter. Mais je n’abandonne pas, il en va de la vie de mon amour. Pour elle, je suis prêt à soulever des montagnes.Â
J’escalade donc son flan et me retrouve sur son dos. Je dois trouver la marque blanche qui constitue la zone sensible pour tous les colosses. Par chance, elle se situe sur le sommet de son crâne. Je tente de traverser son dos mais me retrouve propulsé vers l’avant. Je me raccroche comme je peux à son oreille. Vu la hauteur, toute chute est mortelle. Enfin j’accède au sommet de son crâne. Il me reste plus qu’à attendre un moment de calme pour me mettre debout et brandir ma lame. Le sang gicle, le monstre hurle et fini inexorablement par s’écrouler.
Je gît à côté du colosse, exsangue, je vais perdre conscience avec cette sensation qu’une partie de moi disparaît. Mais, après tout, pourquoi culpabiliser ? Je dois sauver cette fille. Peu m’importent les conséquences. Encore une fois, je m’endors sur le dos d’Agro qui me ramène au temple.Â
Assis contre la paroi d’un temple, j’ouvre les yeux. Depuis quatre jours, la lumière ardente qui possédait les lieux ne me réveille plus. Disparue, comme mon âme est en train de disparaitre…











